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août

la gorgée roucoule
sous le soleil léger
nous marchons
main dans la main
et le paysage défile

comme il fait beau
quand septembre se trémousse
la vague de l’été
remisée au grenier
et les sandales de cuir
chevauchant les derniers trottoirs secs

il y a une odeur de rire
les enfants s’inventent des chansons
la craie de couleurs
trace des contes pour tous
sur l’asphalte chétif

mon amour se dresse
le pinceau précis
sur la toile d’un Riopelle pluriel

ma grand-mère repose
les linceuls ouverts
une cérémonie soulève des psaumes heureux
et sur Saint-Zotique on lève bien haut
notre verre aux joues rose
à ta santé ma mamie
qui s’est en allée

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t’as une gueule de plomb
la moue que tu fais
résiste
me prouve tout le reste
pourquoi me fais-tu signe
l’accord de tes gestes
n’a plus d’importance
tu tapotes ton deuil
sur le tabouret

l’antichambre vacant
te transperce
les tympans prêts
à grimper
des liasses de lierres
la masse de musique
qui claque
sur ton palais
tu voudrais tirer l’univers
le mettre en pièce
le reconstruire d’un bout à l’autre
les sourcils froncés
comme si le monde
allait tomber

l’amour de ta soeur
comme une ophélie sans fin
l’ouragan grossit
et toi tu te luttes
tu titubes loin de toi
la rogne grogne crie
tu t’oublies
la force funèbre
souffle l’agrume acide
qui éradique
toute quiétude

t’as une gueule de plomb
l’abattement de tes bras
sur les frontières longitudinales
de mon profil oblong
le globe oculaire vaste
comme une lune de miel
où est versé le fiel
de l’inceste

laborieuse nuit
phéromone fanfare
horloge en éruption
les coups de minuit
claironnent
les bougies s’éteignent
cire qui coule
sèche
endurcit sa surface lisse
la salive salvatrice
sur le sexe

laborieuse nuit
perpétuité renouvelée
dans le roulement progressif
des corps
pincée de fièvre
poudreuse blanche
le lin longe ses cils
largement décorés
ventre souple
balancement sur la braise
la pelure de pomme coriace
égraine les pavots
la semence centaure
essence de sauge

laborieuse nuit
là où la falaise s’affaisse
l’orgasme s’essouffle
escapade impromptue
interrompue
dans la rupture
du coït et du roc

il a froissé sa chemise
a glissé son portefeuille
dans les poches arrière de son pantalon
a marmonné quelques pensées désordonnées
s’est passé la main dans les cheveux
et mine de rien
est sorti sur le balcon
a observé les tourterelles tristes
les a épiées
s’est assis comme prévu
à la portée de la cible
la mire solide
il savait le nom
des rues avoisinantes
reconnaissait à l’oeil nu
la trace des passants

à bout portant
chancelante marque de fermeté
le tir
tiraillement conflictuel
du contresens

ta disparition volatile
comme une plénière
close

face sur terre
les pieds levés
le bout du nez
connecté au sol
l’éparpillement
du chrome
colmater le toit
l’endurcir
fer forgé
asile ou résilience

ta disparition volatile
comme une plénière
close

crevasse vaseuse
la brèche change
se charge le crâne
l’interférence se fraye
un chemin
entre les ondes glacées
se glissant sous les reins
et les fleuves lents
source de rétention

tu te lèves le matin
avec la certitude du jour
la hâte s’étire
allongement égaré
la peau se dilate
la lumière s’incarne
les alvéoles de tes poumons
enflent
tu regardes avec étonnement
ta bien-aimée s’éloigner
l’emplacement douloureux
d’une expiration à peine effleurée

un matin opale
comme un cocon de coton

elle peinture son ciel
aux lueurs d’Amérique
n’a jamais pris l’avion
sa proue sauvage couine
sous les remparts d’acier
l’égarement prompt et serein
la fermeture de l’âme
un seul instant
pour guetter le silence
sa cheville gravite
autour de lui
ses anneaux comme des couronnes de rois
le front rempli
de nouveaux mots
à prononcer
elle se lance
et la fusée fuse
monte
l’apesanteur
l’apaise la soulage
de son air lourd
à porter
son ciel tout peinturé
bariolé d’éclatantes couleurs
l’appelle l’espoir orangé
en extension