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avril

vrilles parcellaires
pupilles dilatées
les formes vibrent
sous les charmes
de nos arbres
habillés de rouge
leur cime comme des ronces
rance l’acide d’une salive
ravalée
tant d’années à circonscrire nos silences
assidûment arrosés
tant et aussi longtemps
que les matins s’éteignent

comment faire pour me rallumer l’approche en devanture
l’approche aux cils insistant
sifflements amoureux
comment résoudre l’attente du talisman
inexistence de la souche

l’arbre à s’en aller derrière nous
me laissant tel un tas d’os à en devenir
engrais frais de mes fantasmes fugaces

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passage de l’autobus provoquant des ombres d’images
sur le devant des papiers roulés
de la gomme à mâcher
des publicités effilées sur du flou

ça bouge trop vite
pourtant rien ne bouge
dans le mouvement
notre immobilisation
au ralenti les choses nous apparaissent plus grandes

est-ce l’histoire d’une attente ponctuée de passants
quelle heure est-il se demande la femme au manteau froissé
l’angoisse d’observer
d’être celui ou celle qui observe

à la queue-leu-leu l’on pense toujours découvrir la ligne
la ligne jaune appelant l’attention du piéton
à l’intersection une caméra
puisqu’on est filmé
peut-on toujours regarder au même endroit

et si l’on traversait

au coin de la rue no 438
les chiffres peinturés en blanc sur un bloc de ciment

à quelle époque sommes-nous

aujourd’hui hier

les escaliers vacants

pendant que les automobiles roulent
et que les passants passent

l’accélération des images

pour recevoir l’ordre d’attendre
contraction du temps
relâchement

si l’on inverse la pellicule

qu’est-ce que ça donne

tout le monde s’arrête

sans jamais rien demander à personne

tout le monde s’arrête
à des endroits isolés du bruit
à des endroits isolés du bruit

suis la victime de ma propre vie
ton nom le mien telles des éponges carcérales
chaque prétention
chaque intention
tenue à la subtilité
à la susceptibilité du geste incongru

faire attention
ou prétendre à l’harmonie
au semblant d’une conduite acceptable
le social inséminé et distribué dans des éprouvettes stériles

rendre infertiles les jardins qui nous séparent

orgasme à contraindre
sphère intensive de nos sondes superflues
les contours perturbent la vision
ponctuent nos transparences

suis la victime des êtres en vie
parce que seule ne suis pas utile
l’espoir se transmettant dans les traces de l’autre
dans l’approvisionnement du semblable à soi

des êtres pris en otage parmi des êtres pris en otage parmi des êtres pris en otage
ritournelle perpétuelle
de la même phrase formant une spirale de nouveaux corps qui se réveillent

son imperméable jaune serin deux fois trop grand pour elle le chapeau enfoncé sur ses cheveux aux boucles si denses presque aussi écarlates que ses joues affolées trapèze écartelé sur la scène de ce cirque sans chevaux la chute de pluie telles des rafales de vent qui déferlent sur la glace intercalée

elle bloque à la fois la sortie et l’entrée debout dans les entrejambes d’une ville déserte les lumières de rétention pratiquant toutes le même clignotement d’atomes qui brûlent la torche virulente suspendue au porche de ses pas à créer

son imperméable remonté au menton le bout rond de son nez d’athlète pinçant la flèche à transmettre une incertitude respectant les distances du message à transparaître ses paupières closes empreintes des temps à gagner le flambeau d’une sagesse promise

paix de femme debout prête à braver la mort son visage oblong imprégné de la montagne aperçue au loin un jour où elle croyait encore à l’espoir de vaincre

des bobines de fil déroulent dans l’herbe la débandade du dernier né la tête à l’envers en train de se balancer le globe rebute se percute sur les barreaux métalliques des pneus banane prêts à voyager dans la galaxie montante toi et moi nous sommes petits et c’est normal que nous puissions fabuler la glissoire comme un énorme observatoire et il y a la tournée des billes à lancer

des bobines de fil déroulent dans l’herbe pellicule expérimentale la trame narrative s’invente aux travers des déboires des grands montés sur leurs échasses leurs praticables insurmontables les nombreuses perspectives tissent une toile crochetée soigneusement par des doigts d’épouses éblouies épuisées à se bercer le temps qui picosse leurs lunettes en demi-lune pesant le détail du dévouement à l’ouvrage la lampe d’appoint fidèle au poste pour permettre la tranquillité presque parfaite de s’installer la provenance d’une statut à l’état stable

des bobines de fil déroulent dans l’herbe Bobin se penchant sur son reflet sensible un talisman à la bouche pour se protéger des dieux indécis de leur provenance et du sort réservé aux muguets qui ne poussent qu’au mois de mai la petite robe de fête à poindre au bas des escaliers du pallier propre où gît le passant qu’on attend

il s’était levé plus tôt qu’à l’accoutumée
son café instantané sorti du congélateur
ne lui fournissait pas les résultats escomptés
seulement l’acidité des grains pauvres
parvenait à déranger la cloison de son estomac

le néon suspendu bêtement au plafond de la cuisine pratiquait des rites de passages
échangeait des grésillements suspects
avec le calorifère de service
le courant électrique probablement atteint par la gangrène
des caillots bloquant la circulation d’électrons libres
parfois des poussées de fièvre parfois des arrêts cardiaques par intermittence
une toux partielle

il pensait à ses pairs qui ne l’attendaient plus depuis des décennies
par chez-lui on le croyait mort
et il l’était
en quelque sorte

sa substitution
ou pire encore
sa perpétuité

de biais être frappé par la couleur forte des vitraux un jet condensé d’écume flot continu de poussières figées faisceau pénétrant dans l’entonnoir d’une mort le crâne phosphorescent

assis sur la moulure échancrée du bois riche la colonne travaille s’exerce à fendre l’échancrure des yeux qui se ferment ployant sous le poids des courbes qui s’inclinent

la mine s’offrant au clair-obscur le haut des lèvres allumé le bas aveugle ramification des sièges parallèles formant des alignements à angles droits

la pénombre côtoyant les quelques soubresauts qui cohabitent avec l’encens et l’orgue ça fait sens d’attendre toute une vie de se rendre à l’autel demander pardon en s’agenouillant les bras relâchés lâcher prise laisser choir toute la charge

il lui l’homme à la voûte cambrée du dos encombré l’effacement du visage sa vie s’estompant comme du pastel que l’on étend sur du papier mat la pose du tremblement millénaire parfaitement rangée dans ses souliers

à travers lui une lance transperçant la racine à l’origine de ses chaînes transversales la salle vide aux sens plein d’eau de vie