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avril

Dômes là où il fait noir en permanence parce qu’il manque d’air on asphyxie encapsulé aucun moyen de ventiler d’ouvrir de s’inventer un second réel

Dômes pendant que les cathédrales s’effondrent et que le soleil disparaît on ne peut faire autrement que de rapetisser se réduire à l’état du cendrier

Dômes ou le mutisme la déchéance déviances masquées mais acceptées par tout le monde par tous les invités parce que c’est trop pressant d’alimenter le désenchantement global

Dômes au pluriel pour être sûr d’en avoir assez se prendre au pied de la lettre s’enfarger dans les marges dans les mots on ne dénombre plus l’infortune que cette folie nous occasionne

Dômes par-dessus les gratte-ciel ça nous gratte le dessus de la tête à longueur de journée et on ne s’en rend même plus compte on est rendu aseptisé la solitude d’être enfermé cloison prison massacres encouragés le viol perpétré en plein zénith mais pourquoi donc faudrait-il se gêner

Dômes ça sonne angoissant c’est hilarant la zone presque sobre du statu quo pendant que les monstres se dévorent entre eux la démangeaison des murs qui nous bloquent vision entrecoupée du borgne écervelé

Dômes on ne retient pas son nom le superficiel nous gagne la peur comme une éponge qui prend de l’expansion et c’est comme ça qu’on aboutit tous au même endroit à l’étage du non-retour à l’étage qui ne pardonne pas rabroue tes manières d’exécrer parce qu’ici il faut sauter parce qu’ici il faut sauter

faire la grève sur des zones infertiles
le bout de trottoir m’appartient
ne m’appartient pas
tu le piétines
et ça me tue
le martèlement du slogan
trouant l’estime de soi

ondes de choc symboliques
tentative laïque d’exorciser la faim
ça ne s’extirpe pas la faim
ça creuse
le savoir n’y peut rien
ça nourrit moins qu’une tranche de pain

malaise sous-tendu à chaque coin de rue
l’on croise des loques grandiloquentes
aux mains tendues
les doigts rabougris par le froid

acharnement tardif attardé la plainte des rôles inversés
ralliement d’un suicide assisté
bien syndiqué
il n’y a pas de quoi s’inquiéter
ta cotisation justifie l’acte
de trépasser

la ville se referme sur elle-même
laisse passer quelques filets de peau
peau neuve
en provenance des terres anciennes
où l’ocre et le fauve se côtoient
coït senti du féminin entrouvert au masculin qui l’assaille
tourbillons de grêle et de vent
par dessus les toits de tôle les clôtures qui se protègent de la grisaille
nids protestants
écureuils habillés en civil
quelques cordes à linge se faisant violence
chorégraphie imprévisible des plantes carnivores
désarroi aux confins des métros
des guichetiers couverts de fond de teint
tout au bout de la ville une tulipe lutte pour sa survie
sa tige supportant l’atome du vivant
à côté d’elle les détritus de l’homme parapet
l’homme qui se tapisse en rampant
fuite de la ville qui se referme sur elle-même

dernière image consentante la main appelant à l’aide s’accrochant les pouces sur la poignée de porte coincée entre les gonds glamour et les glandes androïdes vite sortir ailleurs à l’intérieur il n’y a nulle part respiration coupée l’interdiction de pagayer un barrage clandestin canal où la digue s’insurge renfloue les yeux de panique flou bleuté de l’urgence où les teintes à l’air libre n’inspirent plus l’instinct de vie pulsion ayant actionné les pompes dévastatrices salvatrices oui c’est clair qu’il est trop tard pour reculer l’extérieur liquide en un refuge déluge ta place préparée à chercher la bouée un sauveur ou tout être qui bouge parce que l’entrée se bloque de plus en plus et empêche de déloger le corps étranger

perte de conscience permettant à l’inconscient d’agir inconsciemment si les genoux pouvaient seulement fléchir vers l’avant le recul plongeant à l’état du vide à l’encontre de tes gestes à grand déploiement cette chute cratère terne d’une nécessité d’atteindre l’équilibre fragile tenu par un fil habile du souffleur créateur d’espace

la femme s’assoit à la grande table ronde déploie ses longues jambes remplies d’une sève chaude mièvre allongée présentoir à canon

les lèvres enrubannées d’un rouge éméché la pulpe en feu palpitant à chaque syllabe prononcée au serveur droit devant la stature du complot séducteur

la dame aux gants de soie se plante une cigarette pour mieux fumer sa beauté aux tanins subtils se dégageant en fines doses

le nez fin taquinant ses joues distinguées des hanches ondulant la taille qui la supporte les fruits de sa nature élégante elle manie parfaitement les battements de ses cils élancés la forme de ses cheveux formant des nuages successifs d’une noirceur cunéiforme

bas de nylon s’étiolant sous la jupe de velours bottillons cabotins cabossant les carreaux du café de quartier la dame soulevant ses dentelles d’un doigt quasi-inattentif pendant que la sueur se plaint aux alentours de ses moues mondaines

soudainement l’attente cesse la montée du revolver sortant de son étui la femme-chat cachant allègrement ses allégations aux ferveurs accélérées la mort se tirant une place de choix dans des atours aguichants la scène profondément érotique de ses seins ronds et fermes assassinant l’assistance si masculine extensions péremptoires de ses aveux à double tranchant

tu essuies ta bouche sur ma manche mon grand poncho mexicain recouvrant tes épaules exposées aux rafales

des écouteurs plaqués sur tes oreilles les mèches de cheveux qui recouvrent ta musique

par les oreillettes des rythmes vibratoires s’échappent tu te captures un espace entre tes sourcils pour m’accommoder moi et ma propre parodie

tu me supplantes la jubilation des sens gage d’envahir l’avenir semblable à des baluchons indisciplinés

sur la pointe des pieds l’intrépide mesure en clé de sol choisie la veille durant la classe de chant alors que nos yeux s’épiaient à travers les mots

tu trempais mes mains sur ta peau pour t’assurer le pouls à vive allure ta prestance me convaincant de rester conscient jusqu’au bout

ai voulu t’aimer de mon mieux
sans violence
ni me perdre
cadence carencée de repères indemnes

ai pensé en lumière claire
pour me blesser à nouveau
retraverser à tâtons les longs corridors sombres

tu avais les blues et tranquillement l’averse sur nos têtes
pleuvait par intermittence
déversement compulsif de cris étouffés
un silence qui se disloque

ai voulu t’aimer près des osmoses la transgression
l’envie impulsive anéantissement létal
du moi au toi toujours en train de justifier sa présence