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décembre

ça traîne au bas de ma porte depuis que suis née il suffit d’entrer parfois pour s’en rendre compte s’il y a trop de souliers froissés laissés pêle-mêle le vent s’en prend immédiatement ça l’aurait pu avoir une âme sentir la chaleur de mes escales intérieures ça l’aurait pu se composer de quelques lettres de quelques chiffres d’une sérénité rassurante mais le temps se consume et se trame la nécessité d’intervenir au jour le jour

mes yeux ensourcillés écarquillement caramel et noisettes le café tiède tenu par la hanse d’une tasse au vécu profond sur le panneau lumineux du micro-ondes des heures en bâtonnets qui clignotent des minutes flottantes sur des ondes bleutées le retour au portemanteau sur le pourtour d’une entrée où la gêne s’estompe lors des fébriles matins tranquilles

le fourmillement des activités quotidiennes s’accroît et le boulet pathogène lié à la cheville m’empêchant l’épanouissement d’une fraternité reconnue par la droiture de mon échine maintes fois mise à l’épreuve au bas de ma porte le pli substantiel d’une vie bien remplie

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la Terre entière pourrait arrêter de tourner
il pourrait y avoir des cataclysmes au fil solitaire
ou s’imaginer des avions en forme de rébellion
avions assassins ou avions missiles
des projections étourdies du haut des tours

on aurait pu proclamer une armée
d’enfants innocents chargés de mitraillettes

on a beau enfermer la lune dans une boîte hermétique
rendre sa peau avant d’avoir tué l’ours
faire des enchères pour surenchérir sur le dos des autres
fracasser des têtes de Turc et enfoncer nos bonnets
il n’y aura jamais rien pour calmer notre courroux
celui d’exister sans savoir pourquoi ni comment se comporter
sur le bord des lignes étroites d’une naissance
et d’une nouvelle mort

ensemble vide diagramme de Venn peint à la main sur le mur de briques devant un monticule dégradé le levier fermé sur le robinet tranquillement éteint l’avancée du couple aux pas asynchrones du piment farci au menu sur la traverse en rabais une croisière aux yeux bandés la vue au sens favori substitut d’une non-vision manipulée à la loupe l’appel du toucher des cinq sens des dix doigts en mouvement l’index mimant ou formant d’anciens cercles d’amis de loin un vieux capitaine campé sur son ventre et sur ses vieilles habitudes de fumer la pipe de longues bouffées aux odeurs âcres pour faire ressentir aux novices la prestance de son expérience

le peintre debout devant son chevalet affairé à flairer l’essence de son travail

en retrait le photographe cadrant l’objectif avec une perspective d’ensemble en fonction panoramique

360 degrés pour revenir à l’envers et se rendre compte que tous ces angles ne servent à rien lorsque les réseaux sociaux n’existent que sur la toile

ensemble vide diagramme de Venn à l’embranchement des liens qui nous unissent tu t’exprimais autrement à mi-temps devant tes autres langues aux vertus virtuelles de soupeser ses paroles avant de les prononcer puisse paraître simple la même histoire en loop où la coupure cautérisée saigne sans se lamenter en hors-champ ta salamandre cramponnée aux méandres de ton souffle

il s’agit là d’une purée de lune
d’un feu-follet frivole
d’un lance-flamme à vapeur
il s’agit bel et bien d’un beau jour du lendemain
ça l’aurait été Pâques un peu d’avance
des lapins au minois doré avec un zeste de jus lime et citron
de toute façon la demande aurait été acceptée à huis clos
ta pierre précieuse et les yeux à demi-clos tu fabules ton existence dans la haute sphère aristocratique

c’est facile dans l’ignorance d’espérer se remonter la cote attribuée à la volée il n’y a pas de hasard juste de drôles de coïncidences c’est la raison pour laquelle on t’a attendu ici au coin de la rue on savait que tu allais passer prendre le tiers de ton amertume au pub St-André la fabulation bien calculée au nombre de pintes

des secondes à retardement pour éreinter le plaisir de la revanche ton dos dromadaire durement mis à l’épreuve sous le batte tabassé à l’abattoir

le ton cinglant de la perceuse
le tiraillement sonore d’une sonde olfactive
la convergence des dinosaures disparus sous l’épiderme

des images toutes aussi farfelues les unes que les autres

le charme magnanime des rabais exclusifs cloués au fond de la poche
un Wal-Mart comme une scène de cirque marchande
sous le chapiteau l’appel aux dompteurs cylindrés
la batterie rechargée aux sourires des associés

l’employé piétiné à mort tel un accessoire publicitaire sans utilité tel un objet préfabriqué
parce que les payeurs éléphants dans un effet de foule aux caisses enregistreuses violeuses d’espace
ont voulu se joindre au spectacle morose de leur propre destruction

le père Noël est mort barnak
l’ai assommé avec une pelle
y parlait trop fort
était saoul ben raide
dérangeait tout le monde
dans les ruelles

y chantait à tue-tête Minuit Chrétiens
parlait tout seul
ne savait plus rien
on lui avait enlevé toute dignité

y croyait pourtant à la Sainte Trinité
lui l’enfant de chienne
l’enfoiré de première
la vraie couille molle

n’ai jamais cru au père Noël
dehors le ventre au frette
on prie pour ne pas crever

suis juste une petite fille de rien du tout tenant sur des pieds allumettes suis toute menue toute frêle suis presque aussi petite qu’une toute petite fourmi au moins il y a l’été et mes doigts de porcelaine au moins il y a l’automne et mes paupières monotones ai été présentée aux bras énormes aux mentons éhontés ai côtoyé les ogres et les assassins de février ai tenté de dire des mots faibles en matière triste des mots aux saveurs ajoutées des mots sensés près d’éclore près de rompre de toute chute

suis un petit canard à patte cassée un gigot d’agneau égaré désossé et mis au four à 400 degrés ça suffit de vouloir crier ça suffit de vouloir briller

suis pourtant juste une petite fille sachant chanter le trémolo les grelots les clochettes on m’avait avertie que les frontières entre les clés de fa et les clés de sol seraient infranchissables les portées pluvieuses entre mes reins

au moins il y avait l’été et mes doigts de porcelaine il y avait l’automne mes paupières monotones puis les phrases surannées la sécheresse humaine l’infime conscience au travers de cette violence

les grands prenaient toute la place
ai perdu le pied