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encore mai

être dans la peau d’un autre pour faire plus de place en soi
laver le corps
qui ne t’appartient pas
extraire de ce moment
un espace intercalaire
capter l’absence
la solitude à craindre

être dans la peau de la femme
celle qui nourrit
qui tend la vie
la serre de si près

être dans la peau de l’homme
le fardeau d’extirper
une plénitude
difficile à trouver

entre chaque déplacement
prendre un temps d’arrêt
vérifier l’état du saule
la couleur du genévrier

entre chaque déplacement
s’oublier un peu
cesser de croire à d’autres subsistances
la mort telle une soeur de sang

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tu étais immobile ton visage immuable impassible de comparaître à l’asile ta peau lisse le front tiré par des années de rétention

l’exécution comme seule histoire fatale aucun sursis que justice soit faite la déconnexion planifiée du comateux déjà conscient

renfrognement pour blinder les membres inférieurs attente du bourreau habillé en civil le jury ayant prétendu au jugement de l’acte la cause en appel à la peine capitale

Jour J la salle à retardement remplie des visages témoins humanisme flétri la scène pour raser le désastre à venir

prétention assermentée du gouvernement le châtiment donné à huis clos sous les lampes alcalines des songes éthyliques

la persécution d’un État réprobateur le service ayant servi la servitude de servir à chacun sa piété à chacun son innocence

fusions confusions entremêlées des ondes fluides des fumées disparates qui se dilatent la brume la fièvre et d’autres anévrismes

une danse par terre les jambes panthères ça parle le langage des tambours et le trimbalement des timbales vibre

tension salvatrice la soutenance du verbe court la plante carnivore qui pousse en accéléré c’est déchaîné le poivre rouge ou noir de nos cratères sauvages ça s’embourbe plus tu bouges plus on se relève

la bête féroce sort de sa tanière sent la chair et désire dévorer la terre entière cran acéré les crocs sont gros tant pis dit-il tant pis dis-tu la crinière entrecoupée de rameaux

c’est la jungle le feu brûle nos yeux il y a la savane mais elle est sèche aride mirage du rythme percutant

pouls du guerrier tes sens soulèvent la haine qu’attends-tu de ta vengeance et lorsque tu auras manger le coeur de l’ennemi où iras-tu

cri du chaman dans la brousse ça te sauve les boucans entassés dans les élucubrations du sage de sa tente des signaux communiquent aux nuages des présages violacés

en sang tu l’affaisses le torse empli des dieux soleil et des couteaux totem ton crâne s’ouvrant vers les anciennes contrées que tu cherchais tant là où l’or brille éternellement

là où l’or brille éternellement

m’accordes-tu un instant ai besoin de replacer ma frange elle me cache de tes soupirs couvre mes questions de givre

ne te demande pas de t’asseoir car le sol est gelé il s’agirait que tu perdes la notion du temps pour figer

il n’y a jamais de mots échangés entre nous que des signes des silences partagés nos promenades matinales plongées dans les amertumes du monde la rosée parsemant des notes de vin blanc à naître

la semence de nos pas faisant l’amour au paysage bleu ta nuque penchée me faisant penser à la lune qui s’offre dans ses quartiers les plus intimes

m’accordes-tu un instant la paix m’échappe et ma tête un branle-bas de combat perpétuel ne crée que du froid des frissons où les chants des mésanges ne suffisent plus pour m’étreindre ta stature érigée comme une armée de tendresse tendue au bout des lèvres prononciation muette de notre relation étrangère

le fantôme de ma robe de nuit s’étiolant sur les psaumes de tes antichambres et toi encore solennel tes yeux mouillés sur mes cils plus que jamais amoureux

père et mère se berçant
sur le balcon fraîchement repeint
le bois ayant vieilli
soutenant la taille d’une maison

ils écoutent Léo Ferré
la voix s’infiltrant aux travers
des moustiquaires

lui lit le journal
elle retisse quelques détails
des bribes évaporées
dans les souvenirs du temps

un duo d’élans qui se synchronisent
avec l’âge
la complicité grandit
près du coeur
et des cheveux grisonnant

court enregistrement
sur petit écran
script pictural

ma mère au teint inséparable
mon père aux yeux interpellés
et moi le témoin le fils le survivant
le spectateur avide
de faire renaître
nos spectres encapsulés

Mort absurde II

le portrait de l’obèse en bobette verte turquoise à pois jaune fluo la craque suintante aux plis de limaces graisseuses béantes ouvertures violacées du haut de ses 5 pieds 2 aplatis à force d’être debout la pesanteur de son postérieur égale à la masse latente de l’expansion à prendre il tente d’attraper la hache nichée au dessus de l’étagère

l’enjeu : se libérer de ses maillons le retenant d’ingérer toute nourriture contenant plus de lipides que de glucides la porte du réfrigérateur barrée à double tour par son tortionnaire imaginaire

cagoule le protégeant du ridicule les bourrelets s’empilant comme des strates de boue gluante soulevéee lors de luttes romaines de femmes déshabillées bêtement dans le seul but révélé d’énerver les goinfres qui les regardent avidement

tâche épuisante il renifle grogne et salive en se tapant la panse d’être fier d’appartenir à la race des poids lourds à recueillir en plusieurs versions

le bougre de 400 livres pèse la balance de ses possibilités et s’élance tel un sumo déchaîné ébranlant violemment les pauvres tablettes de mélanine non conçues pour résister à de telles charges la hache dans une danse du loup libéré prend enfin son élan dans les airs le plafond l’encourageant dans un rebond à pénétrer la chaire qui ballotte sous elle

Mort absurde I

empalé par l’enclos de sa vache parce que celle-ci se rebutant sans cesse à la zoophilie subite s’est vengée à l’ancienne en se déchaînant au beau milieu du lot pendant l’ébat routinier du matin le sabot en l’air faisant revoler la pâture de l’homme échevin au pourtour pointu du haut de l’enceinte finement aiguisée des rondins de bois dur comme accueil solennel de l’amant se prenant un peu trop souvent pour un taureau puissant l’atterrissage fatal calmant à jamais l’amour soudain du bovin asservi à la culture généreuse des mamelons de lait