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juillet

les lèvres salées
le goût du St-Laurent
les cheveux balayés
vague après vague
sans jamais se lasser
friction fébrile
le brouillard amer
l’écume salissant les pierres arrondies
un cormoran comme seul contraste

une lettre écrite à la main
la femme d’un ancien marin
un au revoir brodé
sur les traverses
entre Godbout et Matane

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les algues brunes vertes bleues
brumes écartelées
glissade des montagnes des marées montantes
la femme vêtue d’argile
colliers de coquillages ocres
le creux du cou roucoule
rorquals à l’horizon qui croulent
enrobage de sels
pénétration des vagues
s’échouer au large
les jambes écaillées
s’enfoncer les pieds dans la glaise grise

la femme au ventre d’océan
s’avance s’efface
ses cheveux bruns verts bleus
sa bave et l’écume
entremêlées

l’envie de serrer un arbre
contre soi
sentir ses tempes de sève
ses racines solidement plantées
serrer un arbre contre soi
pour ne pas se perdre
le serrer le plus fort possible
à s’en écorcher les bras
le tronc et le corps enlacés
la poitrine soulevée
par la beauté
lever la tête
l’élever dans les branches
la cime verte
baignée de lumière

s’éteindre dans l’étreinte
l’absolu ramené
à la terre

t’as tout mangé
y avait de l’art
dans ton assiette
ta fourchette grattait
la porcelaine

y fallait tout avaler
engouffrer le pain
la viande se faisait rare
y pleuvait de l’acide
dehors
des bombes
la maladie les incendies
les feux de forêts

t’as tout mangé
y avait de l’art
dans ton assiette
ta fourchette grattait
la porcelaine

les yeux presque fermés
une mince ouverture pour un autre lendemain
cent années accumulées sous une couche de calcaire
l’ancêtre s’incline rumine
les ombres de sa vie maintenant précaires
le corps atomisé dans l’expérience sourde
du tunnel qui culmine
le corps paralysé de vieillesse
et le sourire éternel
d’une longue traversée

la moiteur du réveil absorbée par la barre déodorante
l’alignement symétrique des instruments esthétiques
pince à cils rasoir à deux lames lime à ongles crème hydratante produits antirides tampons nettoyants et shampooing aux lilas
le peignoir de soie en attente
la vapeur se formant en gouttelettes tièdes
condensation des surfaces lubrifiées
contact de la peau et de l’eau
le savon à la main comme le pain béni
l’eucharistie à toutes les heures du matin
le retranchement périodique des pores sous le pommeau de douche putréfié
les plis mouillés de nos âges cosmétiques
la noyade de l’hygiène obscène
la mort propre aux odeurs contrôlées
et la dentition parfaite pour une reconnaissance post-sociale bien méritée

papa ai peur ai si peur tremble de partout ai fait des cauchemars écoute mon petit coeur bat très très vite papa sers-moi dans tes bras papa cache-moi m’enfouir le nez au creux de ton épaule pour me protéger une petite veilleuse vacille fait des ombres monstrueuses sur mon mur rose papa ai peur le camion de poubelles fait tant de bruit a de grosses dents prêtes à me dévorer il grogne si fort me sens trop petite pour l’affronter papa tu marches trop vite ne peux pas te rattraper mes jambes si courtes et le camion se rapprochant dangereusement sa grosse gueule grande ouverte m’avaler tout rond dans un grand fracas de métal rouillé le vrombissement violent résonnant au-delà de mon sommeil trouble