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mai

il a un vague sentiment
de mourir à tous les jours
et c’est ce qui le tient
en vie

la vie et la mort
comme un ruisseau
retournant au fleuve
se redivisant en ruisseaux

sa bohème entre les doigts
il cherche le Petit Prince
il veut lui demander
comment vont ses baobabs

pour seul repère
le dessin de l’aviateur
du lieu où le petit bonhomme
est parti

quelque part
entre les dunes
et le ciel
une mince ouverture
vers un nouvel horizon

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Un lobe d’oreille entre les doigts, il se promène. Il cueille au vent les samares. Fruits libres. De jeunes pousses d’étoiles dans les arbres regorgeant de soleil. Il s’abreuve de gouttes de pluie. Il croit aux lutins. Leur existence est belle. Une magie pour le coeur. Pour lui, le jour n’a pas d’heure.

Il rit et boit du thé marocain. Ses sandales l’amènent là où les femmes se voilent. Leur armure de soie ploie à son passage. Un froissement d’âme à peine perceptible.

C’est pourtant sa dernière journée de beau temps. Frêle, la lourdeur d’une confiance folle qu’il existe un monde meilleur.

petit bout de femme
éparpillé de sommeil
son nom me rappelle
les vagues
du Nord
le fond marin
de longues plaintes

petit bout de femme
éparpillé de sommeil
ses yeux épargnés
du voyage des années

petit bout de femme parcellaire
conservé par la lave
éruption figée

sur scène
un écran de toi-même
blue screen à grande échelle

lancinante candeur
paupières battantes
fiction
filmée à l’épaule

de la poudre à canon sur les joues
tu t’effondres dans la caméra

l’objectif en forme de stéthoscope
cherche ton pouls

starlette à l’étalage
ta péremption approche

le studio d’une mort assurée

y a pas de place ici
vas-t’en dans ton lit

le ciel se couche tôt
quand y a pas de paradis

bouche ton nez
avant d’avaler

ça prend du temps
pour apprendre

ça prend pas grand chose
pour oublier

une balle perdue
sur un pur inconnu

y a peur de vivre
pourtant y vit
parce que peur de mourir aussi

y recule plus qu’y avance
y pense bien faire
en ne faisant rien

y reste à l’intérieur de lui-même
pour que personne le voit
être sûr de ne pas déranger

la peur de se faire aimer
faire à semblant de s’en aller

y est mort sans faire de bruit
sans se réveiller

à l’extérieur
une ville de plomb
un chemin de fer désaffecté
et une fillette sans nom

Il a toujours rêvé d’être reconnu. D’être adoré. La gloire lui revient de droit. Et il est le seul juge de sa destinée.

Une soif insatiable de succès. On dit que la reconnaissance n’a pas de prix. Pourtant, tout se paie. Au plus fort la poche. Que le plus fort gagne. Sélection naturelle d’une suprématie artificielle.

Il ne s’adresse qu’à la race élue. Aux gens de son rang. Sa conscience carbure à l’amour-propre. Son regard atteint des sommets. Trop difficile de baisser la tête. Mieux vaut piler sur les fourmis.

Un jour, à force de briller, le reflet de lui-même le frappe de plein fouet. À 160 km/h, la BMW de Monsieur, insondable. Trépasse. Avec un soleil aveuglant, on ne peut s’admirer.