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mars

autour d’une table
des êtres fragiles dotés
d’une force qui trouble
des vieux semblables aux trous se creusant au fil des ans

distances surdimensionnées
à la base une fondation de roc
des têtes portées à bout de bras pour voir plus haut
monticule menant sur un vide
transpirations âcres

mon père ta mère et les pires écoles
mater l’indolence en position de croissance
donner envie de serrer toute sa vie
les maillons qui nous enchaînent

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suis pendue
hier c’était le contact avec la terre
baiser goulu aux odeurs de boisés mouillés
ruisselant de sève
c’était l’oubli entier
du corps à l’état de nature
dure réalité d’être éveillée
membres soumis à la gravité
aux lois indomptables de l’abrupte lourdeur
le bas étant toujours en bas

suis pendue le cou
tendu tierce scission
d’une corde vertébrale
nouée à mon vertige

au pas de la grande horloge
gravite au diapason
le seul rossignol qui gîte
comme coucou ultime chanteur
libérant les traces du temps
on sent la pluie sulfure métallique
des ressorts aux mécaniques archaïques
ouvrages travaillés du maître horloger
les dimanches dans des robes
de ressemblance
le bonnet de la bonne blanche
son tablier et le plumeau
trimbalant dans les airs
des légèretés digestes
un gobelet de cristal fraîcheur glaciaire
au pas de cette horloge le temps de la guerre l’autre côté de l’Atlantique
du plomb plombant le masque au
casque de chat
l’air ambiant ne suffoque plus
la promenade partagée
improvisée pour ma prochaine visite

au pas de la grande horloge
l’orge le blé et la cathédrale au toit vert-de-gris
le cuivre comme une mousse de sous-bois
la marche des sabots qui claquent craquent telles des allumettes
qui tisonnent frissonnent nos jambes se pressent et ouvrent
la soute aux étrangers

veux-tu bien me dire comment ça se fait qu’on a à attendre de même comme des zouaves tu le sens quand on le sait déjà qu’on est né pour un petit pain ça se gagne le respect ça se prend l’ignorance et la souffrance d’imposer notre strict minimum à autrui parce que pourquoi se faire suer c’est tellement moins suant quand ce sont les autres qui suent à notre place la loi du moindre effort c’est tellement beau ça fait du bien la déglutition sans répit pour pouvoir finalement gagner sa paye en toute tranquillité en toute légitimité parce que tout nous revient à nous c’est normal ça nous est dû on n’a rien fait pour à la limite on s’en balance on n’a même pas mérité d’être érigé aussi haut sur les rangs de l’imbécillité l’illusion rose bonbon aux cheveux blonds habillée comme tout le monde rien qui ne sort de l’ordinaire l’illusion sensorielle matricielle prête-à-porter ça va trente secondes dans le micro-ondes puis ça sort déjà pré-digéré pas de questions à se poser t’as-tu vu à la télé les annonces du Big Mac trop pas cher trop parfait les apparences moulées dans de la pâte à modeler t’es au courant que t’es un crotté sauf que toi c’est comme si tu t’étais donné le droit de penser que t’avais de la classe t’as du cash qui dépasse des bay windows fumées te donnant le look surfait d’une starlette sortant des vidanges faisant les covers des journaux jaunes pipi tu penses qu’on ne te voit pas quand que tu te décrottes le nez au volant de ta Topaz toute montée mais mauvaise nouvelle pour toi t’es filmé souris ta photo correspond parfaitement au portrait-robot au pire tu fais dur au mieux tu fais pitié tu te fais toaster en sortant de la job après que t’aies sauté la petite jeune de 16 ans qui roule les cigarettes pour tes clients moi t’attends l’autre bord de la porte être bien sûr de ne pas te manquer toi et tes « invités » avant que vous commenciez à faire taire les gens qui ont soif pour vrai

vais vous régler le portrait moi et mes gros bras ça s’arrange tout le temps comme ça quand on exècre dans la trop profonde médiocrité

petit Paul rentre à l’école la marmaille beuglante les paires de chaussettes raclant les classes les cours de récréation à la cafétéria la première ration du soldat latent du combattant prêt à bondir pour sauver son équipe ne pas porter la queue de l’âne échapper au ballon chasseur les jeux aux jonctions partagées au lendemain pour survivre faut se lever une fois levé faut se relever et affronter la place nous revient si on se la fait

petit Paul à l’école marginal différent trop petit pour devenir grand la tonte du mouton incompris sa laine et tous nos différends parce que tout petits dans notre institution nous apprenons les règles du gagnant si tu perds t’es perdant s’inscrire à l’abattoir ou se camoufler revêtement sans couverture

petit Paul se prononce au féminin ses traits de licorne androgyne sa devanture pure et naïve prompte à recevoir le venin ingrat des tyrans de son âge dans une urgence d’enrayer toute déviance vile comme si le bataillon naissait dans l’alphabet

ferme les phares tu vois bien que le jour se lève que les feuilles commencent à se faner
tu trembles tes membranes aussi translucides que tes pensées qu’on entend

c’est la foire les joutes mondaines les clowns et les cloches colorées
le contact au volant le pare-brise sous le choc
paysages défilant en file droite comme une fuite classique de bandes dessinées

toujours le même décor qui déroule en boucle pour économiser les mines le papier
malgré tout une fuite d’angoisse malgré les répétitions les innombrables attentes

les phares fermés on peut s’imaginer tant de rencontres tant d’histoires à raconter
la fuite du quotidien jusqu’à temps de frapper le mur toute chance ayant ses limites lors de telles infractions