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octobre

– V –

promesse dite promesse due
cinquième vie révélée
au grand jour alors que les éléments se déchaînent

dehors les tentures claquent
on entend les gonds souffrir
la devanture des chaumières en crise d’épilepsie

une pluie drue tombant comme une armée de flèches sèches
ça siffle par en dedans les vents s’infiltrent

sous les éclairs
des yeux jaunes foudroient
la démarche féline ne ment pas
elle se rend tout droit à sa proie

sous un pelage d’un noir amer
l’infiltration sournoise d’un chat ninja

vengeance du trépas d’un homme à la pelle
et la peur sans nom d’une détermination sans appel

duel cruel entre l’homme pâle puéril à la lune
et le chat noir panthère rugissant de rage

la griffe lacère
un filet rouge s’ouvre

au bout de l’horizon des coups de tonnerre
cognent
les deux combattants
aux confins du monde animal
où leurs propres limites
s’approchent de l’homme-chat

et comme une violence inégalée
l’instinct a eu raison

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IV

trois fois passera la dernière la dernière…
il n’y a jamais d’actes totalement ratés
la preuve est qu’il est encore là

il l’attend derrière le buisson
prévoit franchir l’infranchissable
un bond de plus d’un mètre
ses pattes arrière bien entraînées
il suffit de sauter

des crocs perforent la nuque trop facilement exposée
la dame de chambre partie faire des emplettes
croule sous ses sacs le parquet la projetant entre ses griffes
le chat n’a point oublié le sort qui lui avait été jeté
son allure débrayé trahissant le pur sang de son ancienne vie

morsure dans la chair claire
alors que derrière un homme au teint pâle
s’apprête à secourir la dame meurtrière
au prise avec la colère
d’un chat de gouttière

et d’un coup de pelle sur le crâne
l’achevant à part entière

ce qu’il ne sait pas c’est qu’il reviendra

III

troisième vie déjà
se souvenir vaguement d’odeurs de sang

se retrouver Siamoise
allongée dans une allure royale
le minois distingué d’une farouche indépendance

un fin collier au cou de race
médaillon doré pour préserver la caste
si précieusement acquise

dans la gamelle la mort au rat
une dose de jalousie
pour éradiquer la dynastie

II

le chat se relève
la tête toute petite
engluée d’une nouvelle existence

la paille sous lui
une grange au grandeur démesurée

une lutte à la survie
où le plus fort l’emporte
le maillon génétique
du vainqueur

prédateur carnassier
dans l’ultime attente de bondir
les griffes armées par la faim

chat sauvage fuyant la présence trop ressentie
des hommes
le regard aiguisé lors des lunes brûlantes
les oreilles pointant au moindre bruissement

la fourrure en bataille
comme une preuve de lutte
et de prise à mal de mise à bas

vaincu le fauve se sauve

La mort en sept actes

– I –

le chat vit sept fois
avant de voir arriver le jour
il renaît

la première entrée
est forte en sensations
vibrisses exploratoires
et pattes velues

une belle vie au pelage bien lisse
ronronnements au soleil sur le paillasson
dormir blotti la douceur et le vertige du sommeil

le matou s’étire s’arc-boute
se hérisse la colonne
le passage des saisons
à coup de couleurs du roi d’Espagne

le temps chassé entre les promenades
nocturnes et les gourmandises avalées tout rond

les yeux à présent fermés du vieux félin
— la porte grillagée du jardin
demeure ouverte

la balance ne pèse pas lourd dans le drainage fiscal
ou aussi bien dire qu’après demain y fera pas beau
non c’est clair comme l’eau du frontispice que la colline d’en face tient toujours à peine sur place
malgré les poutres rongées par les termites marines
oui oui me regarde pus comme ça petite vermine les termites marines ça existe pis ça prend du poids là où il n’y en a pas
c’est pas parce qu’y a des mitaines mal amanchées qu’on peut dire qu’y ne peut pas tirer de la main droite
on en connaît nous autres des gars qu’y ont même pas besoin de pisser deboutte pour être encore assis
tsé ça l’air de rien de même mais au flanc de la montagne c’est là que ça pousse les mauvaises herbes
y a moyen de chercher longtemps pour trouver du chiendent
pis pas besoin de te répéter qu’une cuillerée d’huile de foie de morue ça ne fait pas plaisir
tant qu’il y a de l’amour à frire
c’est pas qu’on veut charrier les boeufs sans crier gare mais les rails peuvent s’en aller toutes seules on ne sait jamais ces affaires là d’avance
pense pas qu’on délire moi là les synapses électro chutent pendant que les bourses capotent
des vrais taureaux en éruption dans les rues de Wall Street
la cape rouge massacrée d’une confusion funeste
on les avait pourtant tellement avertis que les cartes de crédit expiraient à souhait
bien avant d’inspirer la cage thoracique gonflée telle une jument assoiffée
les jeux mis dans le panier pis la poule aux oeufs d’or casse la croûte en compagnie d’une bouchée de pain
trois fois rien installé sur le comptoir
la waitress compte ses salières poivrées la menthe comme un vilain sortilège à jeter
un petit pourboire siège en attendant sur le banc des accusés

tu m’as demandé de garder le silence de ne pas parler trop fort m’essuyer les pieds avant d’entrer de jeter un coup d’oeil autour de moi m’assurer que personne me voit ne pas allumer le plafonnier ne pas m’attarder dans la cuisine de contourner les obstacles sans les toucher de tourner les poignées sans faire de bruit respirer l’air en faisant attention de ne pas laisser de traces d’odeurs

tu m’as demandé de m’agenouiller pas besoin de m’expliquer devant moi les mots tes dernières volontés garder intacte ta quiétude la conserver intacte pour surmonter l’angoisse le peu de contrôle sur notre destinée la tienne et la mienne au seuil au centre de notre disparition